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Charpentiers d'Europe et d'ailleurs
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Le bâtiment roule

Témoignage de Paul Dubois recueilli le 15 septembre 1981 par François Calame
« Guignecourt, Oise, 10 Septembre 1926 : le bâtiment roule »

« C'est très facile. Un bâtiment en bois, vous avez des soles : donc on soulève le bâtiment avec un cric. À ce moment-là on avait des verrins ; c'était une pièce de bois d'environ 1,30 m, et vous soulevez à, mettons, 15 cm. Les roules ont environ 15 cm de diamètre. Vous passez vos roules, et vous laissez poser sur la sole, à condition qu'elle soit bien droite, et vous mettez ça d'un bout à l'autre; donc il fallait toujours un roule tous les quatre-cinq mètres. Donc deux rails dans le bas et la sablière, ou sole, qui servait de rail dessus.
J'ai travaillé à Reuil pour une maison que j'ai roulée. C'était Duquesnelles, à ce moment-là (c'est encore un gros manitou). J'ai eu du mal à être payé, et ils n'ont jamais rapporté les roules ni les verrins. Mais on n'avait pas de cric, c'étaient des verrins, parce qu'un cric, c'est bien, mais quand le bâtiment est soulevé il est en équilibre, faut pas l'oublier. Un cric, il pousse, ou n'importe... Là, c'est toujours d'aplomb.
À Maisoncelle-Saint-Pierre, il y a un appelé Davesnes, qui est maire maintenant, eh bien, son père, on lui a roulé beaucoup de bâtiments comme ça. Il achetait une maison voisine; il y avait une 'tiote grange, elle gênait ? Bon, ben on le mettait là.
Il fallait en somme démonter le mortier. On pouvait pas rouler un bâtiment qui ait du mortier. Il fallait les déshabiller complètement. Si c'était des ardoises, on les laissait, pas ? Mais si c'était des tuiles ou n'importe, il fallait encore découvrir. Vous savez quand le bâtiment roule, ça dépend le terrain, il est plus ou moins bien d'aplomb : on le remet d'aplomb, mais tout se démonte, vous savez, s'il n'est pas sur ligne, il tient pas.
Voilà, on a fait ça pour faire plaisir à des gens, pour rouler un mètre cinquante, deux mètres, on en a roulé des moments plus loin, mais il faut un bon terrain quand même. Ah, c'est une combine. On gagne plus à démonter le bâtiment, à le remonter. Vous m'entendez ? Voilà.

Témoignage de Gaston Grenot, neveu de Paul Dubois, ancien commis charpentier chez Paul Dubois à Muidorge, recueilli le 25 septembre 1981 par François Calame

On a fait la même opération à Reuil-sur-Brèche, chez M. Duquesnelles. C'était une grosse boîte, un gros cultivateur. Il avait fait faire une belle maison, on a démonté l'ancienne maison, on a fait une étab'à vaches avec. Et puis, il y avait une maison pour lui – parce que c'était grand – c'était une maison pour un gardien qui restait dedans, alors comme ça gênait avec le pavillon qui était grand, il a encore fallu l'expédier à au moins quatre vingt mètres. Un bâtiment à double étage encore ! Ça c'est beau. »