passer le menu
Charpentiers d'Europe et d'ailleurs
imprimer

Voyage et transmission

Une femme compagnon charpentière allemande des Freireisende (voyageurs libres). Aquarelle « Vive les compagnons charpentiers ».

Voyager n'est pas le lot de tout charpentier. Même si les raisons n'en sont pas toujours claires, dans certaines régions, la sédentarité est de règle. C'est parfois le cas pour les zones de montagne à l'écart des grandes voies de communication (Alpes, Pyrénées), ou, au contraire, de régions trop fréquentées par les guerres (Picardie). Les régions pauvres peuvent avoir entraîné des traditions migratoires saisonnières, ainsi le Limousin et l'Auvergne fournissent des bûcherons et des scieurs de long, de même que la Belgique pour le Nord de la France. On trouve aussi des Bretons un peu partout comme charpentiers et charpentiers de marine.
En raison de la concurrence des guildes flamandes, le Tour de France dans sa tradition moderne ne connaissait pas d'étapes au nord de Paris. Après la Seconde Guerre mondiale, s'implantent des cayennes de charpentiers à Lille, Rouen, etc. Le voyage est le fait de sociétés structurées réservant pour l'itinérant l'accueil chez la Mère, l'embauche dans une entreprise locale, la formation par des anciens et la solidarité du groupe. Mais le voyage est aussi le fait de solitaires, surnommés renards, jugés sévèrement par les itinérants affiliés, et soupçonnés de voler le savoir et l'embauche.
Si le voyage assure le gagne pain et la formation, il est aussi dangereux et incertain. En 1450, en Normandie, le malheureux charpentier Nicollas Vatecar est molesté, enlevé dans les bois et rançonné par des gens de guerre.
Plus tard, les rixes entre itinérants sont fréquentes et cruelles. Les différentes sociétés aux XIXe siècle entraient en concurrence pour s'implanter dans une ville. Encore à la fin du XXe siècle, on a pu constater sur certains sites une solidarité entre patrons issus du compagnonnage, contrôlant ainsi l'embauche des ouvriers.
Avec le Tour de France se diffusent aussi modèles, techniques et outils. Les compagnons charpentiers d'aujourd'hui ont tous adoptés dans leur caisse portative la bisingue alsacienne (Stoßaxt) d'influence allemande qu'ils ont découvert lors de leur étape en Alsace.

Accomplir le Tour, c'est mémoriser des lieux, des visages, des façons de faire et une manière de se comporter.

La connaissance du Tour et de ses particularismes constituait autrefois, au temps du voyage à pied, un passage obligé dans la reconnaissance de l'itinérant arrivant dans une nouvelle maison. Accomplir le Tour, c'est mémoriser des lieux, des visages, des façons de faire et une manière de se comporter.
Être itinérant est une fierté, une expérience grisante, dont le compagnon sédentaire celui qui a fini son voyage se rappellera avec nostalgie. Ainsi, d'une manière ou d'une autre, être compagnon, c'est pour la vie.

Médias associés

739
739
739
3
médias
France, Europe
France, Europe